Coin lecteur

Le comité des hommes de l’AREQ Haut-Richelieu a publié en 2013 un recueil de texte composés par ses membres masculins. Il s’intitulait Miroirs d’hommes. Chacun pouvait suggérer une photo et raconter l’histoire de cette photo. Lisons celle de Joseph Lanoue qui s’intitulait

Étés 1944… 1945… 1946… 1947

À Saint-Sébastien, comté d’Iberville, les Lanoue, les Lamarre, Les Many, les Boudriau, les Fournier, les Forget, les Lamoureux, les Campbell, les Lecomte, les Bonneville et autres peuplaient cette campagne riche en culture. Les terres des environs – où des cultivateurs besognaient, défrichaient, éduquaient, priaient – étaient parmi les plus enviées du Qubéec. On les situait dans, disait-on, LE JARDIN DE LA PROVINCE.

En ces temps-là, les familles comptaient de nombreux enfants; chez moi, il y avait huit garçons et trois filles. J’étais le neuvième de ma famille. On m’a prénommé Joseph (Junior). À cette époque, Joseph était dans presque tous les prénoms masculins, comme Marie pour les filles.

À onze ans, mon oncle Édouard Fournier, de Notre-Dame-de-Stanbridge, est venu me demander pour aller passer l’été chez lui. Je pourrais conduire les chevaux durant le temps des foins, pomper de l’eau aux vaches, et aider das les petits ouvrages quotidiens. J’ai apporté mes coupons de sucre, de beurre… (C’était le temps des rations, un soi-disant effort de guerre).

Louis Roch, mon cousin, avait onze ans de plus, c’était un ami, vraiment. Marié à Madeleine Archambault, le couple a eu son premier bébé, Rénald. J’ai vécu, avec ce bel être, des temps de joie. Je promenais Rénald. Après ses sommeils de l’après-midi, il me cherchait et il disait : « Où est Jos? » Je l’emmenais au champ, je le transportais. Nous étions des compagnons. Je crois que l’amour des enfants y a pris son origine. Je crois qu’un enfant aimé est une semence d’amour.

Dans ma quatre-vingtième année, ma foi envers cette âme de jeune prend de plus en plus d’aisance, de Vie…