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Un dossier à lire dans La Presse du dimanche 11 janvier – Les aînés et le poids de l’âgisme. Recommandé par la Table Régionale de Concertation des Aînés de la Montérégie (TRCAM)
Les spécialistes rencontrées par La Presse sont convaincues que les avantages de la participation sociale des aînés(es) dépassent les bénéfices personnels. Ils se répercutent sur la communauté entière. La Presse a notamment rencontré la directrice générale du Centre communautaire des aînés et aînées de Longueuil, Stéphanie Hartmann et Mélanie Levasseur, professeure de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la participation et la connexion sociale des personnes aînées.
Dre Levasseur sera par ailleurs conférencière invitée à la matinée de concertation sur la participation sociale et citoyenne des personnes aînées en Montérégie Centre organisée par la TRCAM le mardi 17 mars prochain. Pour inscription: https://forms.gle/z1GSicC9BhSmqGVr9
Souvent discriminés Quelle place pour les aînés ?
Ils sont à l’automne de leur vie et ont toujours beaucoup à offrir. Trop souvent victimes de discrimination en raison de leur âge, les retraités ont une expérience inestimable qui pourrait être précieuse pour les plus jeunes… mais encore faut-il les écouter. Un dossier de Véronique Larocque
Par Véronique Larocque La Presse Publié le 11 janvier
« C’est clair qu’on ne s’attarde pas à ce que nos aînés ont à nous offrir, croit Stéphanie Hartmann. Ce n’est pas parce qu’ils sont à la retraite qu’ils ne valent plus rien. »
La directrice générale du Centre communautaire des aînés et aînées de Longueuil est persuadée que la société gagnerait à écouter davantage les gens plus âgés. Or, elle reçoit plutôt régulièrement des commentaires d’usagers qui vivent de la discrimination en raison de leur âge.
La réalité de ces Longueuillois fait écho à un problème planétaire. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « la moitié de la population mondiale est âgiste à l’égard des personnes âgées ». Les Canadiens ne font pas exception.
Lors d’une consultation menée en 2022 par le Forum fédéral, provincial et territorial des ministres responsables des aînés, près d’un répondant âgé de 55 ans et plus sur deux a affirmé avoir vécu de l’âgisme.
« Au Canada, une étude a démontré que c’est le “-isme” – si on compare au sexisme ou au racisme – qui est le plus toléré. C’est malheureusement quasi accepté socialement », déplore Mélanie Levasseur, professeure de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la participation et la connexion sociale des personnes aînées.
À quel âge devient-on vieux ?
Après la Seconde Guerre mondiale, les démographes ont associé l’âge où l’on devient vieux à celui de la retraite, indique Isabelle Marchand, professeure de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Au Canada, celui-ci est donc fixé à 65 ans. Or, puisqu’on vit de plus en plus longtemps, cette « construction sociale » est remise en question. Vous avez passé ce cap, mais vous ne vous sentez pas vieux ? Vous n’êtes pas seul. Aux yeux des personnes aînées que la chercheuse a interrogées dans sa carrière, « le vieux, la vieille, c’est toujours l’autre ». « C’est celui qui est moins en forme, plus malade, moins en état de faire », résume-t-elle.
L’âgisme au quotidien
L’âgisme se manifeste de différentes façons. Professeure au département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Isabelle Marchand donne l’exemple d’un client à l’épicerie qui s’impatiente à la caisse derrière une personne aînée. « C’est de l’âgisme latent », identifie-t-elle.
Se voir refuser certains soins de santé à cause de son âge, être encouragé à prendre sa retraite par son employeur ou « être infantilisé » sont d’autres exemples, énumère Mélanie Levasseur.
La pandémie a « exacerbé un âgisme qui était déjà présent », note, de son côté, Isabelle Marchand. Lors de cette période, les personnes aînées ont été présentées comme un groupe homogène et vulnérable.
« Âgisme autodirigé »
Cette vision très stéréotypée de la vieillesse – déjà présente avant la pandémie – a des impacts sur la façon dont les aînés sont perçus par la population en général, mais aussi sur leur vision d’eux-mêmes.
Les gens font de l’âgisme autodirigé. Ils vont eux-mêmes se couper de certaines opportunités, se discréditer, s’empêcher de s’habiller de telle façon, de faire telle activité parce que « ce n’est plus de leur âge ».
Mélanie Levasseur, professeure de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la participation et la connexion sociale des personnes aînées
Selon elle, « une tendance forte est observée » en ce sens.
« Quand on se croit moins à même de faire ceci ou cela, on va plus s’isoler, moins sortir, on va être plus gêné de s’inscrire à une activité, de participer dans un groupe, de prendre la parole. Ça va accroître l’isolement, le sentiment de solitude », renchérit Isabelle Marchand. « Cette intériorisation a un lien direct sur les problèmes de santé physique et mentale. »
mpacts de l’âgisme
En 2021, l’OMS a lancé un appel à agir pour combattre l’âgisme. Quels sont les impacts de ce « fléau insidieux » ? En voici quatre, identifiés par l’OMS :
- Favorise des comportements à risque pour la santé (mauvaise alimentation, abus d’alcool, tabagisme)
- Entraîne un rétablissement plus lent à la suite d’une blessure
- Diminue l’espérance de vie
- Érode la solidarité intergénérationnelle
- L’importance des contacts sociaux
- La mission première du Centre communautaire des aînés et aînées de Longueuil est justement de briser l’isolement en offrant différents services et activités. Yoga, zumba, tricot, conférences ou dîners amicaux sont autant de propositions pour aider les quelque 250 membres à tisser des liens entre eux. « On a des aînés qui ne sortaient pas du tout, surtout à la suite de la COVID. […] Certains semblaient avoir perdu leurs habiletés sociales », raconte Stéphanie Hartmann. Aujourd’hui, quelques-uns sont devenus des bénévoles très actifs pour l’organisme.
- La directrice générale du Centre observe à quel point les contacts sociaux ont un impact positif sur ses membres. De nombreuses études montrent d’ailleurs les bienfaits sur la santé de la participation sociale des aînés. « Malheureusement, les messages qu’on reçoit de la Santé publique sont beaucoup axés sur la pratique régulière de l’activité physique, la saine alimentation […], le tabagisme… Peu de messages mettent de l’avant l’importance des contacts sociaux », déplore Mélanie Levasseur, qui travaille notamment sur le projet Rompre avec l’âgisme.
- Les spécialistes rencontrées par La Presse sont convaincuesque la société gagnerait à faire une plus grande place aux personnes aînées, qui sont plus de 1,7 million au Québec. Les avantages de leur participation sociale dépassent les bénéfices personnels. Ils se répercutent sur la communauté entière.
- « Contrairement aux préjugés et aux croyances reçus, les aînés, dans certaines localités, sont des propulseurs d’initiative, voire d’innovation », affirme Isabelle Marchand, qui dirige un projet sur le vieillissement dans les Laurentides.
- Bref, le stéréotype de l’aîné « inactif » et « receveur de soins » doit être déconstruit, selon les expertes interviewées, autant au sein de la population en général que chez les aînés. Combien d’entre eux font du bénévolat, siègent à des conseils d’administration, s’engagent en politique, sont des proches aidants ? Et combien de retraités n’osent pas s’impliquer ? En maintenant un discours âgiste, « on se prive de leur expérience », résume la professeure Mélanie Levasseur.
En savoir plus
- 7,5 ans
Les gens qui ont une perception positive du vieillissement vont vivre en moyenne 7,5 années de plus que ceux qui ont une vision plus négative du fait de vieillir.
Source : Organisation mondiale de la santé
20 %
Proportion de la population du Québec âgée de 65 ans et plus en 2021. Cette proportion grimpera à 25 % en 2031, selon les prévisions.
Source : Institut de la Statistique du Québec
- 22 %
Proportion de la population mondiale qui aura 60 ans et plus en 2050. En 2015, cette proportion était de 12 %.
Source : Organisation mondiale de la santé