Coin lecteur

Cette semaine j’ai ouvert Mémoires d’hommes, publié en 2010, écrit par des hommes, membres de l’AREQ. Lisons le premier pas de Jean-Guy Gaudreau dans le monde des chorales.

DIMANCHE APRÈS-MIDI

« Les enfants, venez au salon chanter avec votre mère. » C’était l’invitation de papa après le dîner du dimanche. Nous passions de la cuisine au petit salon (qui faisait à peine 2 mètres sur 3) et nous nous installions en rond autour du piano où trônait maman.. Avec deux ou trois accords, elle accompagnait presque toutes nos chansons de LA BONNE CHANSON : Venez, garons et filles, chanter… Car, pour mon père, « Si ça ne va pas tantôt ça ira mieux demain ».

C’est ainsi que la chanson a égayé les heures, même difficiles, de notre famille, que nous soyons huit, dix ou douze enfants (c’est que la chorale s’agrandissait et devenait à voix mixtes). Mais mon père n’arrivait pas à chanter correctement, quoiqu’il sifflait comme un serin. Cependant, il détectait très bien Jacques qui était incapable de donner la note juste (à ce moment-là).

Je me souviens de ma première audition, à l’école, en quatrième année; car à l’Académie Crevier, il y avait une chorale très réputée dans la région. Ce sont les frères Gustave et Hilaire qui dirigeaient, à tour de rôle, cette chorale de garçons. Tous les deux faisaient « passer une audition » aux élèves qui normalement avaient 9 ans (mais je n’en avais que 8). Mais comme mon grand frère Clément était déjà dans la chorale, ils ont accepté de m’entendre et puis de… m’admettre dans la chorale.

Tout fier, je dis à mon grand frère, à la maison : j’ai été accepté dans la chorale!  Il m’a répondu : comme soprano ou comme alto?… Embêté, je lui ai répondu : je ne m’en souviens pas, mais ça finissait par O. Et oui, reprend Clément, c’est normal: il y a les sopranos et les altos. Alors, je lui dis : et toi, tu chantes quoi? Alto, me répond-il. Eh bien, c’est ça que je vais chanter moi aussi.

Tous les jours de classe, nous quittions nos locaux une demi-heure avant tout le monde pour aller pratiquer le chant : réchauffement, d’abord, puis apprentissage de pièces nouvelles que nous devions apprendre par cœur. De temps en temps, nous devions chanter avec la chorale des hommes (comme à Noël ou à Pâques) ou encore nous étions invités à chanter pour un événement spécial à Richelieu, Saint-Paul-d’Abbotsford, Sainte-Angèle. Depuis lors, je chante toujours… y compris « la pomme » à ma femme.