Coin lecteur

L’histoire de cette semaine est tirés du livre Mythes et Légendes du Richelieu, publié en 2007, écrit par Réal Fortin.

Le frère André et le canal de Chambly

Quand M. Josaphat Du Tremble racontait cette histoire à ses enfants, malheur à celui qui s’en moquait ou osait en douter. Sa fille Agathe, aujourd’hui octogénaire, est encore là pour le confirmer.175e du Canal de Chambly : l'histoire de la construction du canal de Chambly de 1784 à 1843 - Le journal de Chambly

Tous les citoyens de Chambly connaissent la maison du surintendant située à l’embouchure du canal de Chambly dans le bassin du même nom. C’est là que se décidaient les différentes mesures à prendre concernant la gestion du canal. Alors qu’il vivait, le cèlèbre frère André allait souvent rendre visite au surintendant. À la même époque, M. Du Tremble, chef contremaître du canal, devait effectuer des réparations à l’une des écluses située tout près de la maison du surintendant. Il fallait d’abord refermer les vannes l’une après l’autre, installer des batardeaux pour rendre l’écluse étanche et en retirer entièrement l’eau. Or, après plusieurs tentatives, M. Du Tremble n’arrivait pas à assécher l’écluse. Découragé, il se présenta chez le surintendant pour lui demander conseil. Le frère André, alors présent, écoutait attentivement le travailleur accablé. Tous les trois se rendirent donc sur les lieux pour identifier la cause de ce problème. Personne ne voyait d’où provenait la fuite. Le frère André enfonça une main dans sa poche pour en retirer une médaille de Saint-Joseph qu’il lança dans l’écluse. On convint que cela ne pouvait certainement pas faire de tort et le frère André déclara : « Revenez demain et votre problème sera réglé. »

Saint Frère André | Histoire Sainte du CanadaLe lendemain, M. Du Tremble constata avec émerveillement que l’écluse s’était complètement asséchée durant la nuit. Il put alors effectuer toutes les réparations appropriées après avoir pris possession de la précieuse médaille. La besogne dura quelques jours. Quand il eut terminé, il vint rendre compte de son travail au surintendant qui recevait alors la visite du religieux. En le voyant, M. Du Tremble s’empressa de remercier le bon frère pour le « miracle » qu’il venait d’accomplir et s’empressa de lui remettre la médaille. Ce dernier dit au travailleur reconnaissant : « Gardez-la et prenez-en bien soin. Conservez-la toujours précieusement dans votre poche. Elle vous aidera à surmonter les épreuves. »

On dit que Josaphat ne se sépara plus jamais de sa précieuse médaille qu’il gardait toujours dans la poche de son pantalon. Toute sa vie durant, il affrontait les épreuves sans aucune crainte, se saisissant à chaque fois de son arme sacrée. Comme pour mieux s’immuniser de tout maléfice en provenance du diable, il la frottait régulièrement du bout des doigts. Souvent, il la sortait pour la montrer à ses enfants et leur répéter pour la énième fois « son » miracle. Sa fille Agathe a observé qu’au fil des ans la figure de Saint-Joseph s’était peu à peu atténuée au point que les traits n’étaient presque plus perceptibles.

Médaille de Saint Joseph finition supérieure

Lors de son décès, ses enfants songèrent aussitôt à la médaille et s’empressèrent de fouiller ses poches pour la conserver précieusement. À leur grande surprise, ils ne la trouvèrent dans aucune poche. Nulle part ailleurs. Ils avaient fouillé la maison de fond en comble : rien. Elle avait disparu avec l’âme du défunt, pensait-on secrètement.