Article de La Presse Publié le 27 octobre
Présenté comme un enjeu démographique, le vieillissement de la population doit aussi être nommé comme tel : l’enjeu le plus central des politiques sociales et de finances publiques des prochaines décennies.
Avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement, les signataires souhaitent rappeler l’importance de soutenir le maintien au domicile des personnes aînées.
Daniel Béland, Maroine Bendaoud et Stéphane Paquin Respectivement directeur, Institut d’études canadiennes de McGill, Professeur James McGill, département de science politique et Éditeur, Policy and Society ; docteur en politique publique et finalement professeur titulaire, École nationale d’administration publique et Titulaire de la Chaire Jarislowsky sur la confiance et le leadership politique de l’UQTR-ENAP
Au Québec, une personne sur cinq a plus de 65 ans. Parmi ces personnes, 289 000 aînés ont besoin de soutien pour leur autonomie. Ils et elles seront environ 345 000 en 2030 et 400 000 en 2035, selon différentes projections. En une décennie, le bond sera vertigineux.
Présenté comme un enjeu démographique, le vieillissement de la population doit aussi être nommé comme tel : l’enjeu le plus central des politiques sociales et de finances publiques des prochaines décennies.
Chez soi : mieux et moins cher / Piste de solution /
Ailleurs dans le monde
Chez soi : mieux et moins cher
Nombreux sont les Québécois·es qui se posent une question : où, et surtout, comment vieillir ?
Pour beaucoup, la réponse est simple : chez soi. Pouvoir vieillir dans son milieu est une question de dignité, de maîtrise sur son environnement, bref de liberté de choix. Encore faut-il avoir les moyens de faire ce choix.
Plus on avance en âge, plus les réseaux informels de soutien s’effritent. Les différents services compensent comme ils peuvent et, lorsque le soutien devient insuffisant, l’hébergement représente la seule option.
Le Québec dispose d’un vaste écosystème conçu pour soutenir nos aînés. Mais déjà sous pression, celui-ci fera face à une demande croissante.
La trajectoire démographique est connue. Contrairement à une récession ou une crise temporaire, les décideurs publics savent que le vieillissement de la population nécessitera l’attribution de ressources sur le long terme. La véritable question est de savoir comment organiser et financer ces services de soutien à l’autonomie, de manière viable.
Soutenir davantage les personnes à domicile n’est donc pas qu’un choix social : c’est aussi un choix économique. Les travaux menés sur l’assurance autonomie au Québec montrent qu’investir davantage dans les services à domicile serait plus efficace que le maintien du modèle actuel.
Piste de solution
Le gouvernement du Québec nouvellement élu s’est engagé à poursuivre le virage vers les soins à domicile. Cet élan nous force à mieux arrimer le financement public aux besoins d’autonomie de la personne. Une voie viable serait d’offrir une allocation permettant d’accéder aux services dont elle a besoin, dans son milieu de vie.
Le principe est fort simple : évaluer les besoins d’une personne et lui donner accès à des ressources en conséquence, ce qui permet une équité envers les plus vulnérables. Le financement suit ses besoins, plutôt que d’être attaché à un établissement.
Il ne s’agit pas d’opposer le domicile à l’hébergement en établissement. Nos besoins évoluent avec l’âge et le continuum d’options doit contenir des milieux offrant des soins ou des services plus intensifs.
L’objectif est surtout d’éviter que l’insuffisance du soutien disponible à domicile précipite vers l’hébergement, alors que la volonté et les capacités de l’aîné l’entraîneraient plutôt à rester chez lui.
Ailleurs dans le monde
Le Danemark a mis en place un système gratuit et universel de maintien à domicile pour les personnes âgées fondé sur un principe d’autonomie enchâssé dans la loi. La Suède a réussi à mobiliser une panoplie de prestataires et de services pour accroître rapidement l’offre de services à domicile.
Si toute réforme doit d’abord faire l’objet d’analyses coûts-bénéfice concluantes, ces modèles peuvent néanmoins nous inspirer dans la recherche de solutions adaptées à notre réalité.
Les aînés sont des bâtisseurs, des pionniers pour plusieurs, qui ont construit nos rues, nos écoles et nos hôpitaux.
La campagne électorale est maintenant derrière nous. Le vieillissement de la population, lui, ne l’est pas.
Le nouveau gouvernement s’est engagé à agir sur l’autonomie des aînés. Il doit maintenant concrétiser ses engagements. Il en va de la dignité et de la vie de centaines de milliers de personnes, de l’avenir de notre système de soins, mais aussi de la stabilité de notre économie.
Car le statu quo est encore moins réaliste.
Les cosignataires de la lettre sont : Pierre-Marc Daigneault, professeur titulaire, Département de science politique, Université Laval ; Olivier Jacques, professeur agrégé en analyse des politiques publiques, École de santé publique, Université de Montréal ; Jane Jenson, professeure émérite, Département de science politique, Université de Montréal ; Alain Noël, professeur émérite, Département de science politique, Université de Montréal ; Patrik Marier, directeur scientifique du Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale, professeur titulaire, Département de science politique, Université Concordia ; Sule Tomkinson, professeure agrégée, Département de science politique, Université Laval ; Rémy Trudel, ancien ministre de la Santé et des Services sociaux et professeur invité, École nationale d’administration publique et Rachel Weldrick, professeure adjointe, Département de science politique, Université Concordia